Le Discours

La devise du rotary c’est servir d’abord.

On pourrait se demander à quoi un prix littéraire peut bien servir dans le cadre du Rotary. A quoi sert la littérature elle-même ?

Certains répondraient qu’elle ne sert à rien et que,  justement c’est ce en quoi elle est irremplaçable ! La littérature, c’est  ce qui chasse la question de l’utilité, ce qui nous en libère.

D’autres au contraire, comme le petit prince à propos de sa rose, répondraient:

« C’est vraiment utile puisque c’est joli. ».

Et « le bleu des abeilles » est un joli livre, le petit prince en serait d’accord.

Quant aux membres du jury littéraire ils répondraient que les livres primés, outre leurs qualités littéraires et esthétiques, portent et promeuvent, en filigrane, les valeurs auxquelles nous sommes attachés en tant que Rotariens et en particulier, celles de “la défense et illustration de la  langue française” comme le disait notre grand poète Joachim du Bellay.

Et c’est bien le cas de votre livre chère Laura

 

La narratrice du bleu des abeilles a 11 ans lorsqu’elle arrive en France, à peine initiée au français. Elle nous conte les difficultés et les désillusions de ce déracinement avec pudeur, et humour. Mais c’est avec délice qu’elle s’immerge dans la langue française.  Elle nous livre un regard éloigné sur notre langue, un regard étonné et ébloui. Elle pointe ce que nous, Français, ne voyons plus, n’entendons plus et ce faisant, elle nous le donne à redécouvrir. Je vous cite :

« j’ai découvert des sons nouveaux, un  r très humide qu’on va chercher tout au fond du palais, presque dans la gorge, et des voyelles qu’on laisse résonner sous le nez comme si on voulait à la fois les prononcer et les garder un peu pour soi. Le français est une drôle de langue…

plus loin « Assez vite, Noémie m’a montré des caractères que je n’avais jamais vus, l’accent grave, l’accent circonflexe, et puis le ç cédille. Ce nouveau signe, plus que les autres, je l’ai tout de suite aimé… »

 

Aimer la langue du pays dans lequel on vit, mettre un point d’honneur à la parler sans accent c’est s’ouvrir au partage, au vivre ensemble, et nous avons été sensibles à cette volonté d’entrer dans la francophonie qui est à la racine du prix littéraire, car la langue française ne se limite pas aux frontières de la France, elle nous enseigne l’internationalité, tout comme le Rotary.

 

Pour le Rotary international, la famille n’est pas seulement une institution, c’est une valeur qu’il faut protéger.

Votre livre, c’est l’histoire d’une famille déchirée par l’exil, qui maintient son unité grâce à la correspondance.

Pas de sms, ni de courriel, non, nous sommes en 1979. Le trait d’union entre le père en Argentine et la fille en France,  ce sont les livres que le père conseille à sa fille, qu’elle lit pour lui, en français, la langue de cœur, et c’est ce qui nourrit les échanges épistolaires en espagnol, la langue maternelle. C’est ainsi que se tisse le lien familial, dans l’affection et la complicité.

 

Au delà du cercle de famille, le Rotary, c’est aussi le souci de l’autre.

Or le roman, ce roman nous donne accès à l’autre, ici à l’enfant, à l’exilé, le lointain, celui qui, dans la vie réelle, nous reste étranger, car nous sommes clos sur nous mêmes et notre cercle restreint. Grâce à la littérature, nous comprenons  l’autre, car nous entrons dans son esprit, ses sentiments, ses raisons et c’est une école de tolérance, de respect. (Le livre multiplie les expériences possibles, il  chasse la solitude et nous fait passer du moi égoïste à l’universel. C’est aussi pour cela qu’il est irremplaçable.)

Quoi de plus proche des valeurs rotariennes que d’accueillir la diversité, car comme disait Térence, un écrivain latin né à Carthage au 1e siècle avant notre ère  « rien de ce qui est humain ne nous est étranger ». C’est le fondement même  du cosmopolitisme rotarien et de l’entente entre les peuples.

 

Enfin, la narratrice a une volonté farouche de s’intégrer et c’est à force de courage et de persévérance qu’elle réussit, qu‘elle se fait une place, au milieu de ses camarades comme dans sa classe.

Et si ce livre est partiellement autobiographique, il faut croire, en voyant votre parcours que les efforts que vous décrivez ont porté leurs fruits.

Vous êtes normalienne, agrégée, docteur, maitre de conférence, traductrice, vous êtes aussi une romancière pleine de promesse reconnue par Gallimard, un éditeur prestigieux, et lauréate d’un autre prix : le prix de soutien à la création de la fondation del duca !

N’êtes vous pas l’incarnation des valeurs rotariennes de jeunesse dynamique, de talent, de réussite ?

 

Merci donc de nous avoir redonné le goût d’écouter la musique si singulière de notre langue.

Merci de partager nos valeurs.

Merci de nous avoir adoptés, nous francophones, et notre littérature dont vous avez fait ce miel poétique et délicieux : le bleu des abeilles.

Micheline Bonnet

 

prixlitteraire

 

 

Last Modified on 31 décembre 2013
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